Prince Murhula plaide pour l’ETJ à Toronto (Dirscours)

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Prince Murhula, le Directeur de l’Ecole Technique de Journalisme (ETJ) était l’invité l’un des invités d’honneur du gala Night for Rights organisé par l’ONG canadienne Journalistes pour les droits humains, JDH.

C’était le 1 octobre dernier à ”hôtel Hilton à Toronto au Canada.

Prenant la parole, il est revenu sur les origines de sa passion pour le journalisme ainsi que ses premiers pas dans le métier, sa rencontre avec JDH, la création de l’ organisation Journalistes pour la promotion de la démocratie et des droits humains, JPDDH, et de l’Ecole technique de journalisme, ETJ.

Devant plus de 500 donateurs, le Directeur de l’ETJ a aussi parlé de sa vision et ses convictions pour une presse plus responsable et respectueuse des droits humains en République démocratique du Congo.

Sur l’estrade, son message prononcé en français était traduit en anglais par Fanta Diaby, associée aux programmes à JDH Toronto.

Voici l’intégralité du discours.

Discours de Prince Murhula, Directeur de l’Ecole technique de journalisme, ETJ, à l’occasion du gala « Nights for Rights » Toronto, 2018

Discours de Prince Murhula, Directeur de l’Ecole technique de journalisme, ETJ, à l’occasion du gala « Nights for Rights » Toronto, 2018

Mesdames, Messieurs bonjour.

Je m’appelle Prince Murhula. Je viens de Bukavu à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Grand une fois et demie plus que le Québec, mon pays est situé  en Afrique centrale, dans la région des grands lacs.

  1. Comment j’ai eu envie de devenir journaliste

C’est pendant la première guerre dans mon pays, en 1996, que j’aurais le goût de devenir journaliste. Mais je ne serais engagé dans une radio que 6 ans plus tard, en 2002.

Je vais commencer à travailler sans formation, avec une rédaction composée essentiellement des journalistes non formés et qui ne maîtrisent des règles de bases du métier. Malgré notre courage, nous ne savions comment travailler de façon bénéfique pour la communauté.

  1. Rencontre avec JDH

En 2010 je rencontre pour la toute première fois JDH au cours d’une formation organisée à Bukavu.

Le contact avec JDH m’a changé. J’y étais sorti avec une nouvelle énergie. Je voulais à tout prix partager ce que je venais d’apprendre et le pérenniser. Mais je n’avais pas de moyens avec lesquels commencer.

Heureusement cette même année, en décembre, j’ai été lauréat du prix JDH, pour les meilleurs reportages sur les droits humains. Invité à Kinshasa, j’ai reçu un diplôme, un trophée et une somme de 1000$ US.

Je suis rentré à Bukavu, et ces 1000 $ reçu du prix JDH m’ont aidé à mettre en place le réseau des Journalistes pour la promotion de la démocratie et des droits humains, JPDDH. Avec l’objectif  de former des journalistes sur l’approche des droits humains et amener les médias à réhabiliter les communautés. JDH m’a soutenu dès la naissance de ce réseau. Aujourd’hui, très actif dans la province.

C’est aussi dans un environnement de violence que j’embrasse la carrière de journaliste en 2009. Je me joins au réseau en 2010 juste à sa création. J’y apprends les bonnes pratiques du journalisme et les techniques de médias des droits humains. En 2012, je suis lauréate du prix JDH.

  1. Naissance de l’ETJ

Mais malgré la présence du réseau JPDDH, le besoin de la formation restait énorme pour les journalistes. Seuls 10% des journalistes avait étudié le journalisme dans une école avant d’entrer dans la profession dans mon pays.

C’est de là qu’en 2014 est née l’idée de mettre en place le programme de l’Ecole technique de journalisme, ETJ.

Aujourd’hui, l’ETJ est devenu la plus grande référence de formation professionnelle des journalistes au Sud Kivu avec un programme, de 6 mois, basé sur l’approche des droits humains. Elle a formée plus de 500 étudiants dont plus de 200 finalistes qui travaillent dans les médias. Ce qui a haussé la tendance aujourd’hui à au moins 50% de journalistes formés qui exercent dans une rédaction, contrairement à 2014, dans la ville de Bukavu.

 

 

Sandra

L’approche apprise par les étudiants à l’ETJ a amélioré le travail des rédactions, réussi à changer de nombreuses vies et réhabiliter des communautés au Sud Kivu.

C’est le cas par exemple Esther Kanga et Jean Claude Bisimwa. Ces deux étudiants qui, grâce à leur documentaire sur les viols et mutilations des petites filles ont permis de démanteler une milice dirigée par un député influent et proche du pouvoir. Les miliciens, de nuit, enlevaient de leurs maisons des fillettes de 2 à 10 ans pour les violer et les mutiler sauvagement dans le village de Kavumu. Cette situation a durée pendant environ deux ans. 50 fillettes étaient violées et la peur s’emparait de la communauté. Grâce à la diffusion de leur documentaire, le parquet a ouvert des enquêtes et a arrêté un député  qui a ensuite été condamné à vie et déchu de ses fonctions. Grâce à un documentaire des étudiants, ces criminels ont été arrêtés et condamnés.

Même si je vis dans un pays où le gouvernement est prédateur de la liberté de la presse, n’aime pas les journalistes et viole quotidiennement les droits des citoyens, je reste optimiste qu’avec la formation et l’encadrement de la presse que nous réalisons, le journaliste restera le chien de garde de la démocratie et des droits humains en RDC.

Mais le travail n’est pas fini et l’ETJ garde des projets en perspectives. Nous avons besoin de votre soutien aussi pour son avenir.

Je vous remercie

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